Ligne aérienne souterraine

underground-airlines-tea-9782366299298_0Les souvenirs de cette lecture s’affadissent déjà. Underground Airline a tout du livre aimable. Il aborde un sujet intéressant : le racisme aux États-Unis. L’intrigue mêle science-fiction et ambiance polar, un mélange qui a su faire ses preuves. En dépit de tous ses bons ingrédients, la recette reste fade. 

Commençons par le commencement, le narrateur est un prodige. Tout lui réussit, ses enquêtes sont toujours des succès. Il connaît tous les trucs et astuces, rien ne lui échappe, sauf la compréhension de sa mission. On le remercie quand même pour la présentation de cette uchronie. 

Ben H. Winters imagine un monde où ni l’esclavage, au sud, ni la ségrégation, au nord, n’ont été abolis. Pour comprendre les conséquences de ce changement, nous avons droit à quelques tirades explicatives, ce qui donne l’impression que l’auteur justifie la plausibilité de son hypothèse. 

Justement, qu’en est-il de la plausibilité de son uchronie ? La fille qui n’aimait rien n’y a pas adhéré. Le monde d’Underground Airlines manque de subtilité. La compréhension politique du racisme par l’auteur se résume à l’oppression des noirs qui se résume à « la loi nous autorise à les traiter comme des sous-humains ». Ce n’est pas sans nous rappeler la vision du patriarcat de Margareth Atwood dans la Servante écarlate. Qu’est-ce que la domination masculine ? C’est quand les femmes ont mal. Heureusement, il y a des auteurs pour lever le voile sur ces violences, sinon, on ne s’en rendrait pas compte !

Dans l’uchronie de Ben H. Winters, les esclaves du sud sont donc tous équipés d’une puce qui permet de les géolocaliser, car dans ce monde il est plus important d’avoir des esclaves que de l’argent. À moins que les puces GPS miniatures soient bon marché, mais je pense que le narrateur-prof d’histoire nous l’aurait dit ? 

J’aime beaucoup cette idée de la puce placée vers les cervicales, en plus d’être complètement innovante, elle induit qu’il n’y a pas de connexion entre le capitalisme et le racisme. Les Américains blancs exploitent des esclaves, car ils sont vraiment très méchants et non pas pour s’enrichir. Ils ont fait le choix d’être un pays ostracisé par la communauté internationale, de ralentir leur développement économique pour maintenir l’esclavage. J’imagine que cette déconnexion entre racisme et économie rassure les libéraux qui voudraient encore croire qu’un capitalisme humain est possible.  

Revenons à l’histoire : elle n’est pas désagréable à lire, mais sans surprises. Le héros réussit tout ce qu’il entreprend, ce qui est finalement assez surprenant. Le héros est flanqué d’une figurante femelle dotée de trois compétences et demi en secourisme, ce qui va s’avérer bien utile. Que voulez-vous, Underground Airlines ne parvient pas à dénoncer le racisme et le capitalisme, alors le sexisme n’en parlons pas.

Les bonnes intentions ne font pas de bons livres, c’est même à se demander si elles ne constituent pas un handicap. 

Underground Airlines – Ben H. Winters – Actu SF – 2018
Traduction : Eric Holstein
19,90€

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