Winter is de gauche?

61o+iUSKBxLL’actualité c’est le mal. La Fille qui n’aimait rien a pourtant été surprise par la qualité de ce petit livre sans prétention. 

Il est assez rare que la Fantasy revendique une position politique sans ambiguïté. Le discours entourant une œuvre de Fantasy est souvent accompagné de cette conclusion : mais ça reste du divertissement. Oui, parce que le divertissement est un truc de capitalistes, à « gauche », on ne rit pas, on lit Foucault. 

William blanc est historien et a commencé à écrire avec les Historiens de garde, des individus qui n’ont aucun sens du divertissement et combattent hardiment les nostalgiques de la royauté, alors que le monde serait tellement plus beau si toutes les filles s’habillaient en princesses et les garçons en preux chevaliers. (Les Historiens de garde, de Laurent Deutsch à Patrick Buisson, la résurgence du roman national avec Aurore Chéry et Christophe Naudin, Libertalia 2016 et Charles Martel et la bataille de Poitiers avec Christophe Naudin, Libertalia 2015). 

Laurent Deutsch sur son fidèle destrier accompagné de Stéphane Berne, son loyal écuyer venant vous secourir… Le film d’horreur, n’est-ce pas un genre aussi distrayant qu’un autre ?  

Le pouvoir doux entrant enfin dans le crâne de cet irréductible, William Blanc s’est attaqué à des figures plus accessibles et populaires Le Roi Arthur et les superhéros (Le Roi Arthur, un mythe contemporain, Libertalia, 2016 et Superhéros, une histoire politique, Libertalia 2018)

Maintenant, il peut sombrer en s’attaquant à un genre particulièrement crasse de la littérature : la Fantasy. Enfin, c’est ce que La Fille qui n’aimait rien imaginait. 

Winter is coming s’intéresse principalement à trois auteurs et à l’engagement ou interprétation politique de leur œuvre. Tout commence avec William Morris, et là, je veux bien croire tout ce que me dit l’auteur, le jour où je lirai La source au bout du monde n’est pas arrivé. William Morris était un socialiste, flirtant légèrement avec le marxisme, à l’échelle de la Fantasy et en le comparant à un Brandon Sanderson, cela en fait sans aucun doute un révolutionnaire, voire un anarchiste. 

Ensuite, nous passons à J.R.R. Tolkien. Pas la peine de se perdre dans les annexes et le Silmarillion pour noter des accointances entre l’idéal de vie de l’auteur britannique et les courants anticapitalistes. Tolkien était anti-productiviste, on peut facilement l’imaginer écologiste aujourd’hui et certainement antimilitariste. 

William Blanc voit dans le conservatisme de ces auteurs une passerelle avec les luttes libertaires. Pour cela, il faut omettre quelques détails. Dans le domaine économique, les anarchistes pouvaient avoir des propositions similaires, mais qu’en est-il des mœurs ? Quelle était l’opinion de Tolkien sur les mouvements féministes ? Quant à son opinion sur les luttes LGBT+, je crois que je préfère l’ignorer. 

En conclusion arrive le cas de Martin. L’analyse de la saga est viciée. William Blanc mélange les intentions de l’auteur, des créateurs de la série, des lecteurs et des spectateurs. Martin n’a pas un discours politique très développé sur son œuvre. Il appartient clairement aux auteurs post-Tolkien et légèrement post-modernes. Avec Le Trône de fer, il veut présenter une vision pragmatique de la Fantasy. C’est un peu le « making of » du Seigneur des anneaux : une fois dépouillé des chansons et des grands actes héroïques, que reste-t-il ? Des magouilles politiques, du cul et des gens qui traversent la forêt. 

Ça n’en fait pas une revendication politique. L’histoire n’étant pas complètement achevée, il est difficile de s’appuyer sur le texte pour en tirer une orientation politique. 

Le cœur de l’analyse de William Blanc est l’appropriation faite par les spectateurs, qui y ont vu un appel au réveil écologique. Autant pour eux.

La fin de la série ayant été diffusée depuis la publication de cet ouvrage, je crois qu’on peut raisonnablement en tirer la conclusion suivante : Disney paye mieux que HBO, Star Wars a tué Game of thrones, les meufs au pouvoir, on a essayé, ça ne marche pas, merci. 

L’essai de William Blanc essaye très fort de rallier les auteurs de Fantasy à la cause, ce qui est à la fois discutable et en même temps ce qui me plaît dans ce livre. Les textes de Fantasy peuvent contenir un discours politique, mais surtout rêver un autre monde, meilleur ou pas, n’est pas obligatoirement un acte d’abrutissement, mais peut-être une quête consciente ; qu’il s’agisse de chercher à construire un monde meilleur ou à comprendre ce qui cloche avec le nôtre ! 

De cours articles concluent l’ouvrage, mais je ne vais pas m’y attarder, car ils sont trop brefs et brassent trop de sujets pour cette chronique : dragon, hiver, Donjon & dragons, Conan. L’analyse de l’auteur ne change pas. La rêverie n’est pas l’apanage des ignares infantiles. 

Winter is coming, une brève histoire politique de la Fantasy – William Blanc – Libertalia – 2019
8€

2 commentaires sur “Winter is de gauche?

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