Rosewater : un roman à l’eau viriliste

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Rosewater est le second roman de Tade Thompson, auteur anglais. Dans ce premier tome, nous suivons les mésaventures d’un réceptif : Karoo.

Notre héros capte les pensées des personnes qui l’entourent. Grâce à ce don, il est devenu un voleur hors pair avant d’être recruté par un service de renseignement et par d’entreprises privées. Les premiers sont intéressés par les informations qu’il peut recueillir, notamment auprès de prisonniers, les secondes l’utilisent pour se prémunir d’attaques d’autres réceptifs.
Ces dons lui viennent du dôme arrivé quelques années plus tôt, et dont on ignore plus ou moins la nature.

Une fois, le contexte posé, l’histoire met quelque temps à démarrer et surtout elle peine à décider quelle est son arc narratif principal. S’agit-il de la recherche de la fille à bicyclette, prêtresse communiste qui aurait fait disparaître plusieurs villages dans son sillage ? S’agit-il de la maladie qui touche les autres réceptifs ? S’agit-il de la mystérieuse nouvelle petite amie de notre héros ?

L’auteur ne choisit pas et nous promène d’un fil à l’autre ainsi que d’une époque à l’autre. Le procédé est plutôt pratique dans la première partie. L’histoire avance tout en nous en révélant plus sur la personnalité et l’histoire de notre protagoniste. Très vite, la chronologie s’en mêle. Les époques se marchent dessus. On avance d’un an, on recule d’autant et puis grand bond en arrière et retrouvailles avec le présent. Dans la seconde partie, ces allers-retours deviennent gênants. Ils n’apportent pas tous des éléments de compréhension à l’enquête ou se montrent redondants, alors que le dernier chapitre au présent nous a laissé pendre au bout de la falaise.

Il faut signaler que s’il y a frustration, c’est bien que l’histoire suscite de l’intérêt. Il y a d’excellents éléments. L’accès aux pensées est original, presque physique. On est loin d’un effet magique – et pour cause…

Non, ce qui rend vraiment désagréable la lecture de Rosewater ne tient pas à son histoire, mais bien à son personnage principal. Celui-ci ne peut s’empêcher de commenter l’apparence physique de toutes les femmes qui lui passent sous le nez. Il semble par ailleurs attiré sexuellement par chacune. Les commentaires se répètent et peuvent tomber comme un cheveu sur la soupe : par exemple, près de la fin, notre héros discute avec sa copine du sort de l’humanité et de leur avenir, quand il ne peut réfréner cette pensée : « Aminat ne sait que penser. Je le vois à la façon dont elle s’agite, ce qui fait froufrouter sa robe d’été. Ce léger bruit me donne envie de m’arrêter, m’agenouiller devant elle et de glisser ma tête entre ses cuisses ».

J’en aurais jeté le livre par la fenêtre s’il ne faisait pas six degrés dehors ! Deux moments démontrent que l’auteur a conscience de cette insistance. Le premier lorsque notre héros lit un rapport de sa supérieure, qui le qualifie de sexiste, et un second lorsqu’une entité, dirons-nous, lui fait remarquer qu’il est un mauvais homme. Cependant, ce dernier point laisse penser que c’est l’infidélité virtuelle du héros qui est en cause, et non sa perception de la femme en être principalement sexuel.

Enfin, il faut sans doute souligner que l’intrigue se déroule au Nigeria et que le monde est légèrement décentré. Suite à un incident, l’ordre mondial s’est réorganisé loin des États-Unis qui ne sont plus des leaders, mais plongés dans l’isolationnisme le plus complet. J’apprécie l’idée, même si ce contexte géopolitique se tient en retrait de nos intrigues. Toutefois, l’auteur la sabote au final en faisant des Américains les seuls qui auraient découvert un moyen de lutter contre la menace.

L’auteur s’empêtre également dans ses explications finales. Cela se veut original, mais ça semble surtout se péter la gueule, pour être honnête.

Pour poursuivre sur l’honnêteté, je ne retiens aucune haine contre ce livre qui a autant de qualités que de défauts ; si vous êtes un garçon un peu texan dans l’âme, vous parviendrez sans aucun doute à les surmonter. Dans le cas contraire, vous jetterez ce livre par votre fenêtre et pourrez tester sa biodégradabilité. C’est sans doute une expérience intéressante.

Rosewater, Tade Thompson, J’ai Lu/Nouveau Millénaire, 2019
Traduction : Henry-Luc Planchat
19 €

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