L’ombre des échos de la tempête. Une super production Christelle Dabos.

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Voila, c’est la fin.

 

 

 

 

La tempête des échos reprend dès la fin du précédent tome, La Mémoire de Babel (2017). Ophélie contemple le vide laissé par l’effondrement d’une partie de l’Arche. À ce moment de l’intrigue, toutes les questions des premiers livres sont remplacées par d’autres, mais pour l’heure, il faut faire face à la catastrophe. Les dirigeant de l’Arche de Babel, au choix les Esprits de famille, Hélène et Pollux, le LUX ou les généalogistes (membre du Lux) décident de déporter une partie de la population.

On peut alors assister à une scène qui illustre la dimension brouillonne de l’écriture. Tout d’abord, l’organisation de ce déplacement s’effectue en deux phases. Les Babéliens d’adoption sont enregistrés, puis remis dans la nature, avant d’être rappelés. Entre temps, Ophélie se promène, rencontre son reflet prophétique dans un miroir, a une étreinte maladroite et malaisante avec son mari, papote avec quelques personnages. Des paroles cryptiques sont prononcées, mais nous ne doutons pas qu’il s’agisse d’indices qui sauront faire sens en temps et en heure.

Nous arrivons à la scène fatidique. Les personnes sans emplois et les délinquants de l’Arche sont donc réunis et renvoyés « chez eux ». D’abord, tout le monde se met en marche tranquillement, mais notre héroïne prise d’un souffle héroïque s’adresse aux Esprits de famille. Ces derniers n’ont cure de ses suppliques, ils lui balancent quand même un petit indice pour la résolution du grand mystère. Là, la foule se met à capter que, peut-être, elle aussi pourrait héroïquement s’opposer à sa déportation. Ophélie n’est pas venue seule. Octavio l’accompagne, héritier d’un Seigneur du LUX. Sûr de son bon droit, le jeune homme fait part de son outrage. Étrangement, la foule s’en moque, mais plus étrangement encore, ils se jettent sur son automate.

Parce que les Seigneurs du LUX ont expliqué que la cause des expulsions étaient le chômage. Or, qui prend les emplois du bon peuple Babelien ? Les automates. CQFD. Entre temps, vous serez heureux d’apprendre que la foule s’est constituée en groupe autogéré et abattu les tyrans, puisque « le désordre de l’amphithéâtre tourna à l’anarchie ». Honnêtement, cette fin m’aurait convenu. Comme un seul automate est présent et qu’il implose très vite, le lynchage est de courte durée. Du coup, tout le monde s’enfuit pour se réfugier dans une usine de fabrication d’automates. Aucune machine ne sera blessée parce que… J’imagine que les fuyards étaient fatigués. Un peu girouette, cette foule, vous ne trouvez pas ?

Par ailleurs, Ophélie a décidé de devenir patiente à l’Observatoire des Déviations. Tout le monde lui dit : n’y va pas. On sous-entend très fort que ces gens pratiquent la torture, mais notre héroïne, n’écoutant que son courage, s’y rend malgré tout. Quel est l’intérêt d’aller dans cet Observatoire, me direz-vous ? C’est ma faute, j’ai oublié de vous parler du projet. Par les Généalogistes, Thorn apprend l’existence de La corne d’abondance avec lequel Dieu a fait quelque chose un jour, on suppose. Donc, ils y vont. Est-ce que l’Observatoire ne va pas se douter de quelque chose ? Je veux dire, quand une institution envoie un mec éplucher vos bilans comptables, c’est rarement par amitié. Surtout, en quoi Ophélie pourrait en apprendre plus en tant que patiente ?

Évidemment, cela se passe mal. De façon beaucoup moins évidente, Ophélie en apprend plus que Thorn. Je vais m’arrêter là dans le spoile parce qu’à partir de ce moment, rien ne se produit permettant aux personnages de résoudre l’intrigue. Tout est incidemment amené par l’autrice.

Christelle Dabos, généreuse, nous rappelle régulièrement les enjeux. On assiste alors à un déroulé de questions : « Comment Eulalie Dilleux est-elle devenue Dieu ? Quelle est sa vraie part de responsabilité dans la Déchirure ? Pourquoi avoir d’abord doté les esprits de famille d’un libre arbitre et d’une mémoire si c’était pour les leur ôter après ? Pourquoi possède-t-elle aujourd’hui tous les pouvoirs familiaux sauf celui des habitants d’Arc-en-terre ? Si elle a bel et bien créé les esprits de famille de sa propre main, pourquoi ne détiendrait-elle pas déjà l’intégralité de leurs capacités ? Et de quel droit se fait-elle passer pour Dieu ? Comment ose-t-elle prétendre se soucier du bien de l’humanité alors qu’elle a perdu l’essence de tout ce qui constituait la sienne ? » Ces interrogations vont être répétées et reformulées jusqu’à vous amener aux bonnes questions contenant leurs réponses.

Une autre façon de répondre à ces questions passe par les réflexions des personnages et principalement celle d’Ophélie. Parfois, mais pas trop souvent, Ophélie pense très fort et une réponse lui apparait. Quelle est la nature des échos ? Qui est la personne derrière l’Observatoire des Dérivations ? Qui est l’Autre ?
J’ai essayé de penser très fort comme Ophélie, d’assembler les indices cryptiques, et non, je n’ai obtenu aucun résultat. La seule façon de trouver est d’établir la liste des personnages, rayer les morts, ceux qui ont déjà beaucoup de fonctions sur leur fiche de poste et regarder qui est encore disponible.

Ce ne sont pas seulement les Arches qui se pètent la gueule dans La tempête des échos, mais aussi la construction narrative de La passe-miroir. La fragilité des intrigues était déjà patente dans les précédents tomes, mais il y avait toujours de l’espoir. Vous pouvez toujours tuer la moitié de vos personnages et repartir de zéro, George Martin-Like.

Christelle Dabos opte pour une autre stratégie. En trébuchant, on peut avoir le réflexe de courir, créer un élan qui va nous propulser vers l’avant et de retrouver son équilibre. Ici, on assiste à une chute, où parfois on a la sensation que l’autrice va réussir, ramasser tous ses fils narratifs et nous présenter un ouvrage fini. Mais non.
Ici, les échos deviennent des ombres qui sont des reflets ou plutôt les images négatives d’un autre monde. Le recto et le verso ne peuvent cohabiter et pourtant si, mais pas tout le monde, alors il faut partir à la recherche de celui qui manque, mais n’est-ce pas entrer en contradiction avec les règles de son univers ?

J’hésite à vous parler du reste. La fin du monde n’a pas rendu la romance entre Ophélie et Thorn plus convaincante. Ce dernier constitue plus une liste de symptômes qu’un personnage à part entière. Les personnages secondaires issus des deux premiers tomes continuent d’exister péniblement à travers un arc narratif quasi optionnel.

Conclure n’est pas un exercice facile, ni pour les sagas, ni même pour cet article. Les qualités de la passe-miroir ne disparaissent pas instantanément avec son final. Les univers et les personnages restent, ainsi que le talent de Christelle Dabos. N’importe quel auteur peut se prendre les pieds dans le tapis, mais combien pour vous donner envie de chuter avec eux ?

La Tempête des échos, Christelle Dabos, Gallimard Jeunesse, 2019.
19,90€

3 commentaires sur “L’ombre des échos de la tempête. Une super production Christelle Dabos.

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  1. J’ai été plus déçue que toi je pense. Et parce que j’ai encore eu une fois l’impression de lire le deuxième tome (impression déjà ressentie lors du troisième, tout se construit sur « ils sont ensemble, ils se séparent, elle vit des épreuves où on la fait de plus en plus souffrir, elle se trouve de nouveaux alliés, elle finit par découvrir la vérité et retrouver Thorn pour de brèves retrouvailles avant une nouvelle séparation »). Et parce que je me suis ennuyée (j’ai trouvé ça inutilement tiré en longueur et je me suis forcée à le finir). Et parce que j’ai eu l’impression d’une accumulation de révélations qui sortaient un peu de nulle part, qui ne me faisaient pas faire « ah mais oui, purée, ça se goupille incroyablement » mais plutôt « ah, d’accord, écoute, si tu veux ». (Cachou)

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    1. Je trouve que la longueur favorise un crash en douceur. Tu as le temps de te préparer à la déception et du coup, ce n’est pas un choc brutal, ce n’est même pas révoltant alors que beaucoup de questions restent en suspens, ainsi que des personnages.
      Qu’as-tu pensé de sa déformation physique? J’ai trouvé que ça arrivait trop tard pour constituer un quelconque enjeu.
      Et as-tu vu le post de l’autrice sur le site? Annulation de sa venue à Montreuil… Tu as vu des retours vraiment catastrophiques? (Je me suis un peu déconnecté des RS…)

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      1. Pour la déformation physique, je trouve dommage qu’elle ait une explication. J’aimais bien cette particularité. Il ne faut pas tout expliquer.

        Je viens d’aller le voir, je n’avais pas vu. Je suis surtout les retours sur Goodreads, qui sont majoritairement enthousiastes, du coup, je ne sais pas d’où viennent ces réactions violentes. (oui, j’ai vu ça. Je ne peux pas te le reprocher mais du coup, moins de nouvelles quand on est loin ^_^)

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