Roi Arthur contre Roi Arthur

roiarthurVous connaissez ma passion pour le Roi Arthur, non ? Moi non plus, mais je sens que c’est en train de naître.

Le Roi Arthur ne m’a jamais passionnée. Je bloquais avec le commencement. Par où entamer la Légende arthurienne ? Cela me semblait trop vaste, trop de monde s’y était attelé. Quelle était la légende authentique ? Forcément aucune. Je pressentais la déception. Il y avait des films sur le sujet, décevants d’ailleurs. Il y avait Kaamelott, mais je n’ai jamais accroché complètement. Je peux le dire sans honte, je m’en fous de la dépression d’Alexandre Astier.
Mais par rapport à Charles Martel ou aux superhéros, c’était le sujet le moins inintéressant traité par William Blanc, alors pourquoi pas ?

Dans le premier chapitre, l’auteur part à la recherche du Roi Arthur historique. Où ? Quand ? Comment ? Si l’auteur échoue à trouver un Arthur historique, il est passionnant de suivre les traces de la légende.
Tout commence avec un texte du IXe siècle évoquant douze batailles remportées par un Arthur contre les Saxons, sans doute au VIe siècle. C’est tout. Pas d’incestes, pas de tromperie, pas de magie, pas de Graal. Rien. Niet. Nada. On se demande même ce qu’on peut bien faire de ces éléments.
William Blanc nous épargne chacune des mentions du Roi mythique pour se concentrer sur les textes qui ont fait la légende : les best-sellers.
Avec deux cent quinze copies retrouvées allant du XIIe au XIVe siècle, c’est l’Histoire des rois de Bretagne de Geoffroy de Monmouth qui s’impose.
Arthur n’apparaît pas au petit bonheur la chance, mais plutôt aux petits bonheurs des seigneurs. Besoin d’une figure mythique pour contrebalancer celle de Charlemagne ? Arthur est là pour vous servir. Besoin d’espoir dans votre petit cœur gallois qui s’est fait poutrer par les Saxons ? Arthur vous vengera.
Viendra ensuite le premier texte imprimé, La Morte Darthur de Thomas Mallory au XVe siècle. Puis pause, puis les victoriens. Arthur n’est plus Breton, Gallois, Celte ou que sais-je encore, il est Anglais. Il est même blond parce que la haute société s’est mis en tête qu’elle descendait des Germaniques. C’est plus chic. L’inceste et l’adultère sont effacés, nous sommes de bons chrétiens, excusez du peu. On en profite également pour lier tout cela à l’entreprise coloniale. Les chevaliers de la Table ronde ne sont-ils pas, après tout, des militaires gambadant de par le monde pour apporter la civilisation ? Le Graal ? Cette vieille coupe païenne jetée aux oubliettes. Bien sûr, s’il y a des artefacts un peu précieux à ramener à la cour, ils se serviront, n’ayez crainte.

Pour William Blanc, il n’y a pas d’Arthur historique. La légende ne se base pas sur des faits réels, mais sur les inspirations et les aspirations de ses auteurs. On y transmet ses critiques, la violence de la chevalerie, l’hégémonie de l’Église, ou ses vœux, les chevaliers deviennent des modèles d’inspiration pour la noblesse.

Tout ceci n’étant que le premier chapitre, passionnant, permettez que l’on entre dans le vif du sujet : la société contemporaine. La cour de Camelot s’exporte aux États-Unis d’Amérique.
Le génie qui s’empare de cette légende pour en faire une œuvre tellement séminale qu’elle germera jusqu’en URSS, mais à côté duquel les Français passeront, est Mark Twain. Un Yankee du Connecticut à la cour du Roi Arthur est à la fois une critique de la vieille Europe, mais aussi du capitalisme. C’est l’une des œuvres les plus adaptées. Il faut avouer que la combinaison du voyage dans le temps et du moyen-âge fantasmé, c’était un peu facile. La partie critique du capitalisme un peu moins, c’est sans doute pour cela qu’elle se fait régulièrement couper. Camelot se convertit au capitalisme forcené, les chevaliers disent merci, au revoir, fin, crédit.

La légende arthurienne est maintenant populaire. Elle devient la parabole d’une nouvelle époque et de nouvelles préoccupations. John Fitzgerald Kennedy sera-t-il ressuscité en Avalon pour « make America great again » ? Peut-être, on sait jamais. Ceci dit, il faut se méfier des zombies. Merlin ? Ce Gandalf baba cool complètement défoncé du soir au matin.

Il y a des tentatives de créer des versions politiquement plus progressives. Celles-ci tombent invariablement dans le détournement (Sacré Graal ! Terry Gilliams et Terry Jones, 1975) ou dans des films endeuillés (Excalibur, John Boorman, 1981). On passe également par des visions féministes (Les Dames du Lac, Marion Zimmer Bradley, 1983), mais qu’il paraît difficile de lire aujourd’hui dans cette visée.

D’autres thèmes sont abordés dans l’essai de William Blanc. La place de la légende arthurienne chez Tolkien, chez les Superhéros… La légende arthurienne impressionne par sa malléabilité. Elle s’adapte à tous les supports et à toutes les époques. Une chose incroyable est la mise de côté d’Arthur dans sa propre légende. On peut préférer se concentrer sur l’apprentissage de la chevalerie par Perceval, le mysticisme de Merlin, les femmes de Camelot, etc. Des éléments changent et disparaissent et pourtant il s’agit toujours du même mythe.

Loin de l’exercice de démystification, le travail de William Blanc émerveille en présentant la richesse et la pluralité de cette légende. Pourtant à la fin, on reste sans réponse. Par où commencer ? Quelle version choisir ? À quoi ressemblera la Légende arthurienne de demain ?

Le Roi Arthur, un mythe contemporain, William Blan, Libertalia, 2016.
20 €

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