The Ouitcheur bring sexyback

sorceleur1Ah, The Ouitcheur. Vous vous souvenez comment c’était bien? Moi, non plus, ça remonte au moins à deux mois.
Basée sur la série littéraire du Sorceleur par l’auteur polonais Andrzej Sapkowski, dont la publication a commencé sous nos latitudes en 2007 (1993 pour la version originale), sa réputation de meilleur nanar de la Fantasy n’est plus à faire. Toutefois, je m’interroge: Outlander ne détient-elle pas ce titre ? Où se place-t-elle dans la catégorie meilleur nanar de science-fiction ? Après tout, c’est une histoire de voyage dans le temps.

The Ouitcheur est donc l’histoire de Geralt de Riv. J’imagine qu’en Pologne la sexitude des prénoms diffère de la nôtre. Son boulot de Sorceleur consiste à tuer des monstres que personne ne parvient à éliminer. Geralt est toutefois plus subtil qu’un chasseur de primes, car il lui arrive de sauver des monstres, soit parce qu’ils sont victimes d’un sort et se révèlent être de pauvres humains innocents, soit parce qu’ils appartiennent à une espèce certes de mauvaise réputation, mais inoffensive pour l’homme, soit parce qu’ils sont des elfes et dans ce cas il est de bon ton de trouver un accord pour vivre ensemble. Comment les distinguer les uns des autres ? Il suffit de demander à Tonton Gégé. On voit bien la tentative de créer un univers moins manichéen que ne le veut la tradition en Fantasy (elfe aryen gentil, orc impur méchant), mais on ne sombre pas dans un univers post-moderne ou relativiste. Il y a des méchants, il y a des États-nations, des frontières. Les chèvres sont bien gardées.

L-epee-de-la-providenceAu cours de la série, et des deux premiers tomes dont elle est tirée, nous suivons Geralt dans ses missions – un homme taciturne, pauvre, rejeté par le commun des mortels. En effet, notre Sorceleur est lui-même perçu comme un monstre du fait de ses pouvoirs et de ses yeux jaunes. Tonton Gégé ne s’en émeut pas. Il accepte sa marginalité. Il n’est d’ailleurs pas en désaccord avec la dénomination de monstre, puisqu’il est un humain qui a subi des mutations. Les sorceleurs sont créés à base de potions et d’herbes, à l’instar d’un Obélix, mais en plus ténébreux et inaccessibles. Enfin, pas si inaccessibles…

Tonton Gégé finit par rencontrer Tata Yennefer, magicienne de formation. Dans les deux recueils de nouvelles, les activités de Yennefer restent mystérieuses et se cantonnent à être l’amante de notre sorceleur.

« Une culotte à dentelles épousa le vide d’une manière particulièrement intéressante. Un chemisier blanc avec un grand jabot en forme de fleur bourdonna dans l’air puis créa des formes. Le sorceleur observa que Yennefer ne portait pas de ces fanfreluches à baleines que mettaient généralement les femmes. Elle n’en avait pas besoin. »

Il y a bien une chose qui anime la Magicienne : la réparation de ses organes reproducteurs. La série tourne bien les choses puisqu’il s’agit pour Yennefer de récupérer un choix (avoir ou non des enfants) qui lui a été dérobé au cours de sa formation. Le roman se montre plus ambigu.

La description des femmes par Andrzej Sapkowski et de leur rapport aux hommes est un progrès dans la tradition. L’auteur n’est pas pudibond et on y baise joyeusement.

« Pour ce qui était de sa vie sexuelle, Triss Merigold pouvait se considérer comme une magicienne typique. Tout avait commencé par le goût amer du fruit défendu, très attrayant en dépit du règlement sévère de l’Académie et des interdits posés par les maîtresses chez lesquelles elle était en apprentissage. Ensuite vinrent l’indépendance, la liberté et la folle multiplicité des aventures amoureuses qui se terminaient, comme de coutume, dans l’amertume, la désillusion et la résignation. S’ensuivit un long moment de solitude, puis elle découvrit que les hommes, avant tout désireux de devenir ses seigneurs et maîtres après l’avoir possédée, ne lui étaient d’aucune utilité pour se libérer du stress et des tensions. Pour calmer ses nerfs, elle trouva d’autres moyens moins embarrassants qui, par ailleurs, ne tachaient pas les essuie-mains de sang, ne lâchaient pas de vents sous la couette et n’exigeaient pas de petits déjeuners au réveil. Ensuite vint une période — courte, mais amusante — de fascination pour les représentantes de son sexe, qui la mena à la conclusion suivante : les salissures, les vents et la gloutonnerie n’étaient pas uniquement le fait des hommes. Finalement, comme presque toutes les magiciennes, elle était passée aux liaisons avec d’autres sorciers, sporadiques et agaçantes de par leur caractère froid, technique et presque rituel. »

Les personnages féminins dans le Sorceleur peuvent se targuer de rôles importants, mais pas d’égaler leurs pendants masculins. Dans le tome 3, Tonton Gégé prend en charge l’éducation de Ciri. Notre Sorceleur ne se sent pas à la hauteur de la tâche et fait appel à la magicienne Triss Merigold. Cette dernière est atterrée par l’entraînement que l’adolescente subit, une négation de son identité de Femme.

« Il va de soi que nous suspendrons l’entraînement jusqu’au terme de ton indisposition. Nous écourterons également ton apprentissage théorique et, au cas où tu te sentirais mal, nous l’ajournerions aussi. »

Ciri est donc invitée à embrasser les caractéristiques de son sexe : les menstruations et le maquillage. Quand la jeune fille aura ses règles, elle apparaîtra en robe. Cette scène est aussi la démonstration de l’incapacité des hommes, quels que soient leur nombre et leurs qualités masculines, à élever une enfant.
Les femmes sont fortes dans leur rôle qui ne se confond pas avec celui des hommes et surtout ne prive pas ces derniers de leur compagnie. Là encore, on voit la tentative de s’écarter de la représentation traditionnelle des femmes en potiches, sans pourtant rompre avec elle. L’attitude des personnages reste déterminée par leur sexe, à un point presque ridicule puisqu’on nous hurle la liberté et la force des femmes (celle des hommes appartient au domaine de l’évidence, bien sûr), tout en les embrigadant dans des triangles amoureux.

« Et pour qui est-ce que tu te maquilles comme ça ? — Pour moi. Les femmes soulignent leur beauté pour leur propre bien-être ».

Revenons un peu à l’intrigue. Les deux premiers tomes sont des recueils de nouvelles acceptables. On traverse des scènes de la vie courante dans un univers de fantasy. Les récits dispensent quelques clins d’œil moqueurs aux contes polonais, mais aussi à ceux de Grimm et d’Andersen. Il y a donc de bonnes idées, on frôle même des réflexions politiques sur l’organisation de la société, l’avènement de la modernité, l’écologie et la cohabitation entre les « races ». Malheureusement, Tonton Gégé est un défaitiste, un réformiste, un centre-droit, une Nathalie Kosciusko-Morizet si vous voulez. Le Sorceleur ne s’embarrasse d’aucune cause et n’embrasse aucune révolte.

81mECrZbXaLJ’attendais le troisième tome, début d’une fresque étalée sur cinq autres. Je n’ai malheureusement pas franchi le chapitre quatre. Toute ma mauvaise volonté n’a pas suffi à surmonter l’absence d’intrigue. Si, la série s’achève sur un cliffhanger incroyable : qui est Yennefer derrière son masque de magicienne-copine du sorceleur ? Que va devenir Ciri ? Les romans ne ménagent aucun suspens. Yennefer est la copine-magicienne du Sorceleur et rien d’autre. Ciri est protégée par Tonton Gégé alors tout va bien. Arrivé à la moitié de ce premier roman, les enjeux nous sont toujours inconnus. Pourquoi Nilfgaard renverse Cintra ? Les changements de lignée semblent un sport très couru dans l’univers du Sorceleur, pourquoi s’attarder sur ce cas en particulier ? Le point de vue désabusé de Gégé sur les évènements n’aide pas à se sentir concerné ou même à trembler pour les personnages. D’ailleurs, notre bon sorceleur passe au second plan lorsqu’une partie de l’intrigue nous est contée par Triss Merigold, experte en mascara. Le Sang des Elfes s’empêtre dans des sous-intrigues qui ne font que retarder le traitement des enjeux premiers (Nilfgaard, Cintra, Ciri). Ma lecture des résumés sur Wikipédia m’indique qu’il en va ainsi jusqu’à la conclusion. Andrzej Sapkowski n’a pas grand-chose à dire, mais il a un univers sympatoche où des mecs virils tuent des monstres en compagnie de magiciennes féminines.

« Aussitôt sans rien dire, les deux sorceleurs s’étreignirent d’un geste rapide, le temps d’une courte accolade puissante et virile. »

À ces qualités narratives s’ajoutent les qualités littéraires. Je ne sais quelle version est la pire de l’originale ou de la traduction, mais je vous laisse jouir des dialogues percutants : « Laisse choir. Tu veux faire éclater des troubles ? »; de la pertinence des métaphores : « Le chaland, aussi lent qu’une tortue, se traînait à une allure qui lui était propre, et que lui dictait le cours paresseux du Delta » ; des conseils beauté sur l’application du rimmel : « — Ne te moque pas ! Ma paupière tremble, c’est pour ça ! — Ouvre légèrement la bouche, et elle cessera de trembler. » du charme des anachronismes : « Partout ailleurs sévissent le cancer, la variole noire, le tétanos et la leucémie ; il y a des allergies, il y a le syndrome de mort subite du nourrisson. Et vous, vous cachez vos “champignons” dont il serait peut-être possible de tirer des remèdes pour sauver des vies » et « Cette télécommunication doit être cryptée et solidement protégée contre les déchiffrages magiques. ».

Le Sorceleur nous rappelle également que les correcteurs ne sont pas des accessoires de la chaîne du livre, mais un rouage indispensable à la compréhension des œuvres : « elle avait l’air très amusant dans sa tenue caricaturale » ou encore : « La magicienne talonna son cheval aubère, lui rendit la bride et se dirigea au trop en amont du ruisseau ».

Je m’arrête ici ; pour découvrir les autres perles dissimulées dans le meilleur nanar de la Fantasy, il faudra vous sacrifier vous-même. En dépit de vos efforts et de ceux de l’auteur, la saga du Sorceleur ne devrait laisser aucun souvenir pérenne dans votre mémoire, même les coquilles finiront par quitter votre esprit.
La série offre un récit plus rythmé. L’enthousiasme peut vous saisir, passé les laborieux deux premiers épisodes introductifs. Le déballage de la virilité et de la féminité sans complexe nous rappelle les heures de gloire de la Fantasy kitsch des années 80/90. C’est un spectacle reposant et réconfortant après la débâcle de Game of Thrones. Cependant, l’absence d’enjeu et d’ambition ne peut nous mener très loin et à moins de couper les ponts avec son matériau de base, the Ouitcheur n’a d’autre destination que le mur, un mur de plâtre quelconque et creux.

Le Sorceleur, Andrzej Sapkowski, Bragelonne, depuis 1990
Le Dernier Voeu, T1 : Laurence Dyèvre, L’épée de la providence, T2 : Alexandre Dayet, Le Sang des Elfes, T3 : Lydia Waleryszak.
Genre, j’ai payé pour lire ça.

The Witcheur, Lauren Schmidt Hissrich, (Vous savez où)

Henry-Cavill-as-Geralt-of-Rivia-in-The-Witcher

3 commentaires sur “The Ouitcheur bring sexyback

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  1. lol c’était drôle et fort intéressant !
    J’avais lu le Sang des elfes il y a dix ans et j’avais pas aimé du tout.
    J’ai lu le nouveau premier tome là et c’était finalement pas si pire. M’enfin, c’est sûr qu’il y a des phrases un peu bizarres et wtf de temps en temps XD
    Kin

    J'aime

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