CAARRUD

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Thierry Pelletier est de retour. La Fille qui n’aimait rien vous avait déjà parlé des Rois du Rock et de la Petite maison dans la zermi.

Dans Cas Rudes, il revient pour donner la parole aux usagers de la maison : Centre d’accueil et d’accompagnement à la réduction des risques pour les usagers de dogue. Je vous laisse faire l’anagramme et trouver le jeu de mots.

 

« On accueille ce qu’il est convenu d’appeler nos “usagers” le lundi, le mardi et le vendredi de 10 heures à 18 heures.
Certains viennent là depuis dix ans, l’accueil est inconditionnel, seule condition justement être usagers ou ex-usagers de drogues.
Informés que la cantine est bonne, que café et machine à laver sont gratis, contrairement à d’autres dispositifs existants pour la foule de précaires qui ne fait rien qu’à encombrer les trottoirs de cette riante, un paquet de gens à la ramasse, des hommes surtout, tentent de s’incruster, en douceur ou non, la porte n’est pas fermée à clé. »

Le projet part d’une tentative louable de l’Observatoire national des prisons en 2017 de recueillir des témoignages « des carcéraux ». Infortunément, une semaine après la venue de la fonctionnaire, cette dernière a annoncé avoir égaré son dictaphone à moins que le chien ne l’ait mangé ou qu’elle ne l’ait jamais mis en route, vraiment l’indécence est un puits sans fond.
Pas de souci, Thierry Pelletier s’y colle. On doute que le résultat eut été aussi plaisant autrement.

« Les autres peines, je les ai tapées détail, six mois, huit mois, un an, dix-huit mois…
La taule, c’est un autre monde. Il suffit de prendre le rythme de vieux et comme ça, ça tourne comme une horloge. À Bois-D’Arcy, je retrouverais les gars de Mantes. Tu te fais de nouvelles relations, si tu es un peu sérieux, les gens viennent discuter avec toi. Tu vois le tatouage que j’ai là, c’est un copain qui venait de Marseille qui me l’a fait. Les pointillés, c’est ma main du voleur. J’ai toujours été voleur dans ma vie. Même maintenant, je suis voleur. Là-bas, j’ai aussi fait connaissance avec les Corses. J’ai assisté à l’évasion de Michel. Avec l’hélicoptère, à dix heures moins le quart, en direct !
L’hélicoptère, il s’est posé dans la promenade, il a pris trois personnes, et il s’est sauvé. »

Les témoignages sont découpés en fragments de vues lapidaires, des petits bouts de vies, des opinions, des observations de la part des usagers. Si l’on n’y pioche pas de grand élan philosophique, c’est le moment de se rappeler que ces personnes sont des êtres humains.

« Avant on naissait, on bossait, on mourrait, aujourd’hui on erre… Tu me diras, ça revient au même, on meurt aussi à la fin ! »

Ce genre de texte ne réclame pas d’analyse. On peut s’interroger sur la démarche. Le texte est signé Thierry Pelletier, on y retrouve sa plume. Il s’agit de retranscription et non pas de la parole pure des concernés. On peut s’en formaliser ou simplement profiter de cette petite fenêtre sur la vie de personnes souvent dissimulées au regard du « grand public ».

Cas Rudes, Thierry Pelletier, Libertalia, 2019
8€

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