Harry Potter meet Sherlock

Parce que je n’allais pas m’arrêter en si bon chemin.

Mise en page

 

Je n’avais pas finis le tome 2 depuis longtemps que je ne pouvais me retenir de plonger dans le Tome 3. Ma déconvenue avec Le Monde de la Fin m’a encouragé à me retourner vers cette valeur sûre: La série du Dernier apprentis sorcier de Ben Aaronovitch.

Nous pourrons ergoter sur le titre traduit de cette série en Anglais : Rivers of London, en hommage aux esprits des fleuves de Londres. Nous pourrions rajouter une couche sur les couvertures. Tous ces éléments qui tendent à faire des aventures de Peter Grant de la littérature Young Adult/Chick Litt/Bit Litt. J’en passe et des meilleurs.

Or définitivement, Ben Aaronovitch est un peu au-dessus de ça. Dans ce tome 3, l’intrigue se concentre sur le meurtre d’un ressortissant américain. Ainsi Peter Grant doit faire avec la visite du F.B.I. Cette enquête est beaucoup moins personnel que la précédente. Ces ramifications en sont donc moins nombreuses. On revient à une histoire plus linéaire. C’est un le seul bémol que je placerais.

Car l’auteur n’a rien perdu de sa verve, de son humour et encore moins de sa culture. En effet, Rivers of london est un puit de culture; une visite vivante de la capitale Britannique. Toujours avec ce ton léger mais efficace, Peter nous décrit cet environnement mystérieux et, en même temps, banalement victime d’une urbanisation intensive. Nous traversons les quartiers victimes de la « gentrification ».

Ces éléments architecturaux ne viennent en rien étouffer l’enquête. Celle-ci nous permet d’ailleurs d’explorer de nouvelles facettes de la magie tout à fait intéressante. Je l’avais mentionné lors de la chronique du Tome 1, Aaronovitch ne présente rien d’originale. Toutefois le syncrétisme dont il fait preuve est excellent: drôle et intelligent. Je me suis encore battu des deux mains pour ne pas me jeter sur le tome 4 dès la dernière page lu.

Dans ce tome, Aaronovitch a pris ses marques avec ces personnages. Nous entrons dans une forme de routine, qui nous parait d’explorer le monde magique, notamment de nouvelle créature. Le dilemme de Peter quant à leur identification, voire classification est tout à fait intéressante. Nightingale et Peter se trouve de nouveaux alliés. La magie se révèle plus courante que prévue. La Mage sans visage reste hors de portée, malgré que les inspecteurs de la brigade du surnaturelle soir sur une piste…

Je vous en dirais plus dans quelques temps, pour le moment, je dois descendre un peu ma PAL…

Murmurs souterrains, Ben Aaronovitch, Nouveau Millénaire, 2013, 416p.

Jazzmen et sorcellerie

Parce qu’il ne fallait pas s’arrêter en si bon chemin…

Magie-Noire-a-Soho

Nous avions laissé l’inspecteur Peter Grand dans les ruines de Covent Garden. Nous le retrouvons maintenant remis de ses émotions et tout aussi insouciant.

Le pitch de ce second tome démarre avec l’assassinat de plusieurs Jazzmen. Cette enquête va donc tenir à cœur notre cher inspecteur puisque son père est un musicien raté. Surtout, Magie noire à Soho nous conte une histoire plus condensée et au rythme trépidant. Quelques pages de moins et des péripéties qui n’en finissent pas en font un second tome des plus réussis.

Le ton moqueur du Tome 1 se retrouve avec autant fraicheur. C’était une dimension qui m’avait peu frappé à la lecture du tome 1, mais Peter Grant est métis. Ben Aaronovitch en profite pour railler les pratiques policières racistes, en son temps et toujours un peu aujourd’hui. Les forces de l’ordre londoniennes sont l’objet principal de l’humour grinçant de l’inspecteur. On suit donc les digressions et les commentaires sur l’organisation de la police avec délectation.

Magie noire à Soho est parsemé d’anecdotes : l’histoire et la réputation des différentes brigades policières, l’architecture de Londres, mais aussi, et bien sûr, le jazz. Ces notes sont tout à fait délicieuses et n’étouffent en rien l’histoire.

On peut d’ailleurs dire au sujet de celle-ci qu’elle est beaucoup plus maitrisée que dans le tome 1. La première enquête de Peter était assez conventionnelle, cette deuxième rencontre avec le surnaturel est beaucoup enlevée et comporte des ramifications qui pimentent agréablement la lecture. L’imbrication des différentes enquêtes est rondement menée. Elle incite le lecteur à tourner les pages sans faire de pause.

De plus, et alors que le tome 1 se suffisait à lui-même, le tome 2 pose les bases pour une narration plus longue. Si bien qu’il a fallu que je me retienne des deux mains pour ne pas passer directement au tome suivant.

Bref, je suis tombé complètement sous le charme de ce policier-fantastique. Les genres se mêlent avec délectation. L’équilibre se maintient sans doute grâce à la distance amusée que le narrateur adopte avec son propre récit. Au final, Peter Grant trouve le fonctionnement de la police très drôle tout comme les rituels magiques.

Haut les mains, peau de lapin, la maitresse en maillot de bain.

Parce que c’était les vacances. Parce que la littérature est aussi faite pour rire. Parce que Londres, les sorciers et un terrible crime…

 

9782290040362

Les rivières de Londres mélangent les genres : fantastique et polar, principalement. Il est difficile de ne pas penser au Neverwhere de Neil Gaiman. Je ne suis pas particulièrement adepte de Gaiman dont les personnages me semblent bien fades. À ce titre, les personnages de Ben Aaronovitch ont en plus sous le capot. En l’occurrence, nous suivons les débuts dans la sorcellerie de l’inspecteur Peter Grant. Il n’est pas interdit de penser également à Harry Potter.

Une fois lancée, une enquête criminelle est à peu près aussi passionnante qu’une rediffusion de Big Bother, bien que probablement moins riche en sexe et en violence. On n’attrape pas les meurtriers grâce à de brillants raisonnements, mais parce qu’un pauvre plouc a passé une semaine entière à faire la tournée de toutes les boutiques de Hackney qui vendent une marque précise de baskets et à visionner les images de la caméra de surveillance de chacune d’entre elles. (p71)

Cette aventure est très référencée, partie prise totalement assumée par l’auteur. La quatrième de couverture mentionne les séries X-Files et Docteur Who. Il est assez agaçant de voir que l’éditeur place à un même niveau un livre et une série. Pour X-Files, je n’ai pas vu de lien. Les tons des deux œuvres sont radicalement opposés. Quant à Docteur Who, il est explicitement cité par Aaronovitch. On peut donc conclure que la personne chargée de la rédaction de la quatrième de couverture a au moins lu les cent premières pages du roman. Passons. Car s’il est intéressant de situer une œuvre, il est aussi intéressant de voir comment celle-ci se distingue.

Les rivières de Londres peuvent passer pour une énième série de roman entre aventure et fantastique, le tout inscrit dans des tranchées déjà bien labourées. Pourtant, il y a quelque chose de très séduisant dans cette histoire. Peter Grant est un personnage rationnel, mais fantaisiste, ce qui en fait à la fois un excellent héros et en même temps un piètre policier. La plupart des personnages de Aaronovitch sont toujours à un pas du cliché sans jamais l’atteindre. Ils sont faillibles. Cela autorise des retournements de situations imprévues.

Dans son rapport TW-3 affirma avoir vu un groupe d’ICT1 de sexe masculin, vêtus de jeans et de grosses vestes, se battre avec un nombre indéterminé d’IC3 de sexe féminin sur Riverside Road. IC1 est le code d’identification pour les individus de race blanche; IC3, c’st pour les Noirs et, au cas où vous vous poseriez la question, je me situe quelques part entre IC3 et IC6 – Arabe ou Nord-Africains. Ça dépend s j’ai récemment pris le soleil ou pas.(p102)

La plus grande réussite du roman est sans doute le parfait équilibre entre l’intrigue et les digressions drolatiques du narrateur (Peter Grant) : toujours présentes, mais jamais pesantes. Aaronovitch dégage très vite son propre tempo : plus marqué que celui de Gaiman, plus adulte que celui de Rowling.

Bref, voilà, un roman divertissant qui ne vous ramollira pas le cerveau.

 

 

Les rivières de Londres, le dernier apprenti sorcier Tome 1, Ben Aaronovitch, Nouveau millénaire (j’ai lu), 2012, p379.
La suite est déjà paru (GF et poche): Magie noire à Soho T2 et Murmures souterrains T3

En savoir plus sur l’auteur : Ben Aaronovitch. (VO)