Du porno, en veux-tu en voila!

Je n’en avais pas entendu du bien, mais il traînait au bureau alors pourquoi pas ?

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La collection s’appelle Sociorama. Elle a pour ambition de faire rencontrer des bédéistes et des sociologues en l’occurrence Lisa Mandel (déjà croisé le mois dernier avec Tanxxx) et Matthieu Trachman. Le sujet est la pornographie, un thème pas du tout polémique donc.

Cela semble un peu casse-gueule comme mariage, d’ailleurs ça l’est. La Fabrique pornographique décide de mettre en récit quelques éléments de la sociologie de Matthieu Trachman. Je n’ai pas lu ce dernier, mais les tirades pontifiantes sur le fonctionnement du milieu pornographique n’échapperont à personne. Ca pourrait drôle en mode documentaire-fiction, dans les faits cela m’est juste apparu maladroit.

Le récit se déroule sur une semaine de tournage en Espagne. On n’y voit les clichés et puis pas grand-chose d’autre. Les deux dernières scènes de fin sont atroces. On préféra l’écoute d’Ovidie, réalisatrice de film pornographique pour nous parler du porno de façon moins caricaturale et moins scabreuse.

La Fabrique pornographique, Lisa Mandel, Sociodrame – Casterman, 2016

Cure de punkitude

Tanxxx, c’est Benito Abdaloff qui m’en a parlé en premier. Ensuite, il y a eu Fleur Pellerin, ministre de l’inculture, chevalière des arts et des lettres pour 4 femmes bédéastes, le refus de la distinction. Tout cela a achevé de me convaincre qu’il fallait m’y mettre. La pauvreté nous dominant tous, je contentais pour débuter de ce que propose la bibliothèque c’est-à-dire Esthétique et filature (Prix Artémisia en 2009) avec Lisa Mandel au scénario et de Faire danser les morts, qui la suite de Rock Zombie.
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Dans Faire danser les morts nous suivons une rescapée de l’épidémie. Celle-ci rencontre une bande de jeunes gens végétariens qui ont découvert comme ranimer les morts-vivants : la musique. Seulement, une musique ne ramène pas n’importe qui à la vie. Le punk ramène les punks. Halliday ramène les réactionnaires.

C’est drôle et c’est bien.

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Esthétique et filature est moins jouissif. L’humour y est plus grinçant. Cela démarre par un accident rocambolesque dans lequel la fille croit tuer le père et s’enfuit avec son amante qui est aussi sa belle-mère. C’est une histoire de dèche, c’est une bonne histoire.

Le dessin m’a évoqué Charles Bruns, mais bon qu’est-ce que j’y connais, moi ?

Faire danser les morts, Tanxxx, Même pas mal, 2012
Esthétique et filature, Tanx et Lisa Mandel, Casterman, 2008

Tire et rate

J’ai découvert Jeanne Puchol à la Salle 101 l’an dernier. Pourtant sa carrière remonte à 1983 quand elle a publié Ringard chez Futuropolis. Ces derniers, ses œuvres ont pris une connotation plus politique, me semble-t-il. La Salle 101 l’avait invité pour parler de sa BD Charonne-Bou Kadir publiée dans une maison dédiée aux sciences sociales. Cette petite œuvre par la taille prenait les aspects d’un essai. Pourtant, elle est bien composée de dessins, centrés sur la manifestation du 8 février 1962. De ce moment, Puchol articule le conflit entre les attaques terroristes de l’OAS et du FLN dans Paris. Ce moment critique pour les pouvoirs publics est finement présenté. Il y a forme d’analyse à travers les témoignages.
Je me tournais donc vers deux autres de ces publications politiques.

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Contrecoups (Malik Oussékine) retrace la veille et le lendemain de la mort de Malik Oussékine tué par des policiers le 6 décembre 1986.
De ce crime, j’avais lu Maintien de l’ordre : enquête de David Dufresne (Hachette, 2007) et vu son documentaire Quand la France s’embrase (France 2, 2007). Son travail sur la répression policière, particulièrement à l’occasion des manifestations contre le CPE et les émeutes de 2005, l’avait conduit à dresser un historique des méthodes de répression policière et notamment des fameux Pelotons voltigeurs motoportés (PVC).

Le livre de Puchol et Laurent-Frédéric Bollé propose un récit fade où aucun personnage ne semble humain. Le récit s’organise comme un article factuel un peu long. Les étudiants sont représentés par un jeune tombé sous le charme d’Estelle au moment de l’évacuation à la Sorbonne. Nous croisons une galerie de personnages, chacun continue à vivre. On soupçonne que l’un d’eux aura une révélation politique. D’autres continueront leur routine sans sourciller, notamment du côté des pouvoirs publics. On assiste à cela, sans révolte, car tout est présenté de manière si quelconque. Il y a bien une pointe d’apitoiement en tout début d’ouvrage ; des portraits imaginaires de Malik Oussékine s’il avait vécu…

Contrecoups se termine sur une manifestation dont la banderole indique « plus jamais ». On repart avec le sentiment que « ce qui devait être fait a été fait ». Je ne peux m’empêcher d’être déçu. La réduction des évènements passés et l’urgence des évènements actuellement me font demander plus.

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Vivre à en mourir ne souffre pas des mêmes défauts. Cette fois, Puchol en compagnie de Galandon s’attaque à une partie de l’histoire de Marcel Rayman, membre des FTP-MOI sous la direction de Missak Manoukian. Là aussi, le sujet ne mettait pas inconnu. J’avais vu le film de Robert Guédiguian et je l’avais adoré. Le personnage de Marcel Rayman (joué par Robert Stévenin) m’avait enthousiasmé. Sa détermination était communicante. Ce portrait avait déplu à la famille. Laurent Galandon nous laisse comprendre qu’il a souhaité rectifié le tir et faire entendre la version de la cousine de Rayman.

On peut s’interroger sur la nécessité de correspondre au réel. Le récit peut-il mentir ? Dans la mesure où nous nous trouvons dans une œuvre de fiction, je dois dire que le contraire me surprendrait. De plus, on peut se poser la question de la possibilité de correspondre au réel.

Bref, je peux dores déjà dire que je préfère la vision proposée par Guédiguian, sans doute moins chaleureuse et humaine. Dans le film, Marcel Rayman pourrait être pris pour un terroriste rempli de haine pour l’ennemi nazi. Je pense que cela fait tout son intérêt. Que devient-on lorsque la haine nous déborde ? L’assassinat froid de nazis est-il est une attaque terroriste. Je ne le pense pas.
En se centrant uniquement sur Rayman, le groupe FTP-MOI passe au second plan. En se concentrant sur la personnalité de Rayman, la dimension politique passe à la trappe. On ressort très frustré de cette lecture qui parvient tout de même à nous emballer à quelques moments. Quatre-vingt-dix pages, c’est court. Une dernière plainte. La chute du groupe est le résultat d’une trahison, celle d’une femme, comme dans le film. Cette femme est décrite comme la dernière des putains, subitement déterminée à vendre toutes ses anciennes connaissances. Elle semble fière et sereine vis-à-vis de sa collaboration. Plus de subtilité aurait été la bienvenue.

Vivre à en mourir, Jeanne Puchol, Le Lombard, 2014
Contrecoups (Malik Oussékine), Jeanne Puchol, Casterman, 2016

De la neige et de l’adolescence

Noël a porté ses fruits et sous mon sapin est venue se poser Blankets, manteau d’hiver de Craig Thompson. Blankets est un roman graphique ou une BD imposante de six cents pages. Craig Thompson (1975 – )y raconte son adolescence dans le Wisconsin.

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Craig a grandi dans une famille populaire et chrétienne de la campagne américaine. On y découvre les aspects les moins reluisants notamment à travers les cours d’études religieuses. Ceux-ci sont à la fois cocasses et tout à fait suffocants. C’est l’impression générale qui se dégage des images, une adolescence épuisante dans lequel Craig ne se retrouve pas malgré tous ses efforts. Il se fait marcher dessus par ses camarades de classe.

Les choses changent lorsqu’il rencontre Raina. Les deux adolescents tombent amoureux. Cette idylle touche à son paroxysme quand Craig va passer deux semaines dans la famille de Raina. Coupé de son environnement, Craig peut se laisser aller. Les deux adolescents sombrent dans un amour dégoulinant, mais touchant.

Régulièrement, Thompson nous offre des retours en arrière sur son enfance. Son petit frère y tient un rôle privilégié. Les deux garçons font front ensemble. Cette enfance est le moment où l’imagination peut être un refuge. L’adolescence de Thompson est plus terne, il s’éloigne de son frère et sombre dans la mélancolie. Le personnage de Craig n’hésite pas à faire dans le mélodramatique, surtout lorsqu’il parle avec Raina. Un aspect que j’ai apprécié avec humour.

Loin d’être un roman initiatique, Blankets nous parle du fait de grandir et de la transition délicate entre l’enfance et l’âge à adulte. C’est émouvant et parfois drôle. Principalement, Craig doit affronter sa famille, le fait que plus il grandit plus ils s’éloignent d’eux (leur foi et leur mode de vie). Il s’agit de traiter de la difficulté de ne pas correspondre aux attentes, à la place dans la société qui a été prévue.

Blankets, manteau d’hiver, Craig Thompson, Casterman, 2004

Toits superbes ! froids monuments ! Linceul d’or sur des ossements ! Ci-gît Venise.

Quelle meilleur guide pour Venise que Corto Maltese?

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Après mon escapade à Venise, je me suis plongée dans cette aventure de Corto. Le fait est que je connaissais le personnage de nom, mais ne l’avait jamais lu. Je n’ai sans doute pas été très maligne de commencer par cette aventure aux débuts plutôt obscurs.

Pour rappel, Corto Maltese est le personnage du dessinateur italien Hugo Pratt. Ses aventures sont publiées dans les 70. Corto, lui, évolue au début du 20e siècle. Les Fables de Venise correspondent à sa 25e aventure. Précision, vous avez dit ?

Corto débarque à Venise sur les chapeaux de roues en interrompant une réunion de francs-maçons. Corto arrive comme un cheveu sur la soupe, ce qui semble être une caractéristique du personnage. Nous suivons la présentation des protagonistes et du décor à travers le regard ironique de l’aventurier.

Si les éléments se mettent péniblement en place, beaucoup chose sont éludés, l’histoire prend forme. Corto est à la recherche d’un bijou précieux. On n’en dira pas plus, ce serait gâché le plaisir. Si certains personnages secondaires se déplacent comme des pions, sans personnalité, d’autres éveillent un véritable intérêt, comme Boëke guide de Corto dans la sérénissime.  Le dénouement de l’énigme ne manque pas de piquant. La preuve que Corto Maltese n’est pas un aventurier benêt, mais un admirateur des mystères du monde. Il choisit d’ailleurs de magnifiques endroits pour les découvrir. Venise est excellemment représenté. Bien que je ne sois pas allé jusqu’à investir dans le guide de Venise par Corto. Je n’ai donc pas reconnu les lieux dessinés, toutefois l’ambiance était tout à fait familière. Ce fut d’ailleurs très agréable de s’y replonger dedans.

Les Fables de Venise ne sont sans doute pas la meilleure introduction aux aventures de Corto, toutefois elle suscite suffisamment la curiosité pour vouloir en apprendre plus sur ce personnage mythique.

En dernier lieu, je préciserais que les rééditions par Casterman ne rendent pas justice aux dessins.

Éditeurs.