Carnet de voyage

J’ai fini de faire l’élitiste en ne lisant que des livres chiants sans images, je reviens à la lecture de dépravés. Ce n’est pas exactement un nouveau Fabcaro qui vient de sortir c’est une réédition de 2013, mais comme Fabcaro est devenu une rockstar qui vend des palettes d’albums, les éditeurs rééditent tout.

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Carnet du Pérou raconte ou essaye de raconter un voyage, potentiellement entrepris par l’auteur, mais rien n’est moins sur.

Le Pérou, l’auteur y est peut-être aller, peut-être pas. Cela n’a pas grande importance. Fabcaro fait comme d’habitude, ce qui semble l’embrasser un peu. Il raconte un voyage de deux semaines entrepris par un touriste attaché à son confort, mais qui désire vraiment s’en détacher et qui n’est autre que lui-même. Du Pérou, on ne percevra pas grand chose, en tout cas plus que feuilletant un guide touristique.

Carnet du Pérou est un récit dans le récit. Fabcaro nous racontant qu’il raconte. À l’intérieur de ces deux récits des digressions se produisent encouragées par l’intervention d’auteurs extérieurs, se posant souvent en conseiller ou soutien à l’auteur. Fabcaro met en scène une crise d’inspiration.

À défaut d’être original, Fabcaro est drôle et sans bonne conscience. On n’est très loin des carnets de voyage de Guy Delisle et cela me va parfaitement

Carnet du Pérou, Fabcaro, Six pieds sous terre, 2016.
13€

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Comme une machine à steak

Je poursuit ma découverte de Fabcaro. Autre bibliothèque, autre ouvrage, il sera donc question de Mars avec Fabrice Erre chez Fluide Glacial et Like a steak machine chez La Cafetière.  album-cover-large-23837

Le premier nous raconte une mission d’exploration de la planète Mars par le pieds nickelés. Le ton y est potache. On n’y trouvera pas les accents dramatiques présent dans Zai Zai Zai Zai ou dans La Clôture. Le cynisme dont fait preuve Fabcaro est désabusé, gratuit. On rigole devant les réactions du Président de la République face à l’échec de la mission sur Mars, mais cela n’ira pas plus loin.

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Like a steak machine commence en proposant encore moins d’ambition. Chaque page évoque une chanson et le souvenir qui lui est lié. Pourtant et très vite, on entre dans l’univers de l’auteur, un mélange de légèreté et de gravité, une façon drôle de traiter de ses peurs.
En retraçant le parcours musicale de Fabcaro, nous visitions sa jeunesse. Forcément, on s’y retrouve. La jeunesse n’est pas bien originale ni aujourd’hui, ni hier.

Mars, Fabcaro et Fabrice Erre, Fluide Glacial, 2014
Like a steak machine, Fabcaro, La Cafetière, 2009

« Notre alimentation est constitué d’omega 3. Omega 3, ce qu’il fait à l’intérieur ce voit à l’extérieur »

Depuis que j’ai découvert Zai Zai Zai Zai, j’ai décidé de lire Fabcaro. Le monsieur s’est montré prolifique. Il est même l’auteur d’un roman Figurec, publié dans la collection Blanche de Gallimard, excusez du peu. Ce n’est pourtant pas de cela dont je vais vous parler, mais d’une courte BD paru en 2009 chez 6 pieds sous terre et qui se nomme La Clôture.

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La Clôture commence de manière brouillonne. Les saynètes s’enchainent sans prévenir et sans grand sens. Et puis, bien sûr, vous vous doutiez bien qu’il y aurait un « et puis bien sûr », les personnages reviennent se croisent dans les mêmes lieux. Une trame apparait. J’aime bien les trames, ça me donne la sensation que l’auteur a quelque chose de précis à me dire. C’est le cas. Bon, ce n’est pas précis. C’est un sentiment. Celui d’être débordé par la vie (l’AGESSA, la clôture). Tout se déroule comme dans un film où chacun oublie ses lignes, son rôle. Où va-t-on ? Nulle part. On n’a plus le temps d’y penser.
Les dialogues se confondent en slogan publicitaire. Nous sommes mangées.

Les thématiques présentent dans Zai Zai Zai Zai sont déjà présente : la consommation et la loose joviale. Personnellement, je m’identifie à ce récit. J’espère que je serais capable de rire de ma vaine errance sur terre.

La Clôture, Fabcaro, 6 pieds sous terre, 2009

De la BD et de la sociologie des bas du front.

Il avait été question de Zaï Zaï Zaï Zaï à la salle 101 il y a plusieurs mois, une BD formidable et extraordinaire. Aucun superlatif ne suffisait. Pourtant, je n’avais pas noté le sujet. De quoi ça parle ?

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Tout commence dans un supermarché, la caissière demande la carte, le client ne l’a pas. Il plaide l’oublie, supplie, rien n’y fait. Le vigile s’approche. Un poireau et une roulade plus tard, nous voilà lancés sur la trace de cet homme qui a « oublié sa carte dans son autre pantalon ». On apprend un peu plus tard qu’il est auteur de BD, forcément atypique. Toute la France se mobilise pour traquer ce marginal. Les mères tremblent pour leurs enfants. Zaï Zaï Zaï Zaï enchaine les saynètes burlesques, ridicule, mais jamais insensé.

Fabcaro nous donne des aperçus d’une société déformée, réduite à ce qu’elle a de plus médiocre. L’expression « bas du front » se voit joliment illustrée.
Bien sûr, tout cela se terminera très mal.

Zaï Zaï Zaï Zaï, Fabcaro, Six pieds sous terre, 2015.