De la fin du monde et de sa continuité

J’attendais cette parution chez Lune d’encre avec une pointe d’impatience. Arslan est décrit comme un roman « dérangeant » racontant l’installation d’un dictateur dans un patelin des États-Unis d’Amérique : Kraftsville. 

cj2Lml3Ad6gvJmS2aVDgOGUOtQU

Le roman est raconté par deux protagonistes. Le premier est Franklin L. Bond, principal du collège de la ville. Il voit son établissement réquisitionné par Arslan, général venu du Turkménistan. Personne n’a jamais entendu parler de ce général, qui pourtant vient de prendre le contrôle de la planète. Arslan arrive comme un ovni. Franklin le regarde de cette manière, cependant il semble bien être un simple humain. Le second narrateur est Hunt Morgan l’un des jouets sexuels d’Arslan.

Le récit s’étale sur plusieurs années. Il est aussi intéressant, voire un peu plus, d’observer la transformation de ce proviseur en gestionnaire de crise pour son comté. Arslan dépeint sur lui progressivement.

En tant que dictateur, le but d’Arslan est de renverser radicalement le mode de vie. Bien que ces mesures soient toutes appliquées, elles ne semblent pas impacter la nature des personnages. Après une période de restriction, la vie reprend son cours. La ville de Kraftsville s’ordonne selon une hiérarchie commune, seul le personnel est renouvelé.

Le personnage de Hunt Morgan nous permet de suivre Aslan au-delà des frontières du comté de Kraftsville. Cependant, cette partie du récit est plutôt pesante. Tout d’abord, elle atténue le mystère entourant Arslan, le rendant des plus banal comme dirigeant. Ensuite, le développement de Hunt Morgan ne se révèle pas très intéressant. Tout du moins, on n’en apprend pas plus sur lui que ce que l’on pouvait aisément deviner à travers les yeux de Franklin. Hunt Morgan est partagé entre amour et haine pour son tortionnaire.

On ressort assez partagé de cette lecture. M.J. Engh a la capacité d’inverser les sympathies. Arslan devient progressivement une sorte d’antihéros, tandis que Franklin apparait de plus en plus comme un maitre indéboulonnable dans sa ville. Cependant, la description cyclique des évènements nous laisse sur notre faim. Un tyran en chasse toujours un autre.

Arslan, M.J. Engh, Denoël/Lune d’encre, 388p, Traduit par Jacques Collin, 2016, 22€

De la glace et c’est tout

Lorsqu’un nouveau roman de Laurent kloetzer a été annoncé, la joie m’a envahi. J’avais adoré Le Royaume blessé, qui me semble l’un des meilleurs romans que j’ai lus. Anamnèse de Lady Star était une belle tentative d’augmenter le niveau. Placé dans un univers futuriste où le monde a été dévasté par une bombe biologique. La narration se veut explosée et furtive. Nous courrons derrière une ligne narrative qui n’existe pas, non par manque de cohérence de l’auteur, mais pour montrer que l’histoire n’est pas linéaire, mais morcelée et incertaine.
Je pensais que Vostok nous emmènerait dans la même voie…

denoel vostok kloetzer

Vostok est une station scientifique russe située en Antarctique, pôle Sud. L. Kloetzer s’empare de ce lieu pour en dresser le décor de son histoire. Cependant, celle-ci démarre en Amérique latine dans la ville Valparaiso. Le Chili est en guerre contre les Andins, là aussi, aucune invention de l’auteur. Les Andins, qui pourraient être un peuple inconnu, sont actuellement le rassemblement de 4 pays : Bolivie, Colombie, Équateur, Pérou. Pour la petite histoire, on parle de Communauté andine des nations. Le Chili l’a quitté en 1976, sans doute lié à quelques incompatibilités avec la dictature de Pinochet. Depuis 2006, le Chili est un membre associé de la CAN.

Le personnage principal s’appelle Léo pour Léonarda, adolescente. Elle est la sœur de Juan, petit chef du Cartel. À cause d’une prophétie, que nous ne connaîtrons pas, à cause de la guerre, le petit chef décide de partir chercher une clé sous la forme du code génétique d’une bactérie. Le récit commence, linéaire. Nous sommes dans un huis clos glacial où tous les personnages deviennent fous, pris dans leurs obsessions et débordés par leurs angoisses. On sent bien que l’auteur voudrait que nous nous demandions s’ils ont vraiment tort. Je dirais que l’émerveillement dépeint par Kloetzer ne m’a pas fait oublier mon pragmatisme. Très vite, cela traîne en longueur. Les personnages torpillent leurs chances de survies dans l’espoir de découvrir un mystère auquel on peine à s’intéresser.

La dimension fantastique est sous-développée. L’idée était belle. Léonarda est accompagné d’un ghost, sorte d’ami invisible, qui n’existerait qu’à la force de sa pensée. Araucan se contente de tenir le rôle d’accessoire.

Finalement, l’auteur s’en sort mieux dans le récit tout à fait réaliste de Veronika, chercheuse soviétique et qui a précédé l’excursion de Juan. Son histoire nous est comptée par quelques inserts où l’on peut se rendre compte des enjeux autour d’une découverture scientifique tout à fait obscure. Le contexte de la guerre froide aide sans doute, car nous avons conscience que le travail des scientifiques les dépasse.

En gardant une vue optimiste, je me demande si l’auteur n’est pas en train d’effectuer une mue, un passage vers la littérature blanche. Pourquoi pas ? Mais qu’il y aille franco.

Vostok, Laurent Kloetzer, Lune d’Encre Denoël, 2016.

Le journal de…

Parce que la nostalgie de ma jeunesse pas encore passée me titillait… Et parce qu’il me narguait, gratuitement, à la bibliothèque…

COUV_morwenna.indd

Morwenna est une histoire simple, celle de la vie d’une jeune fille envoyée au pensionnat d’A. Son récit se partage entre le quotidien éprouvant à l’école, les relations compliquées avec sa famille et son imagination toujours très développée pour une adolescente de 15 à 16 ans.

L’histoire de Morwenna se révèle progressivement, à mesure qu’elle se sent la force de l’écrire. Il s’agit de la trame du livre : comment Morwenna se retrouve dans son pensionnat ? Comment a-t-elle perdu sa sœur ? Pourquoi craint-elle sa mère ?

L’intérêt ne réside donc pas dans son histoire, mais dans sa forme et donc repose sur le personnage de Morwenna. Le témoignage de la jeune fille est délicat à traiter, car il est d’inspiration d’autobiographique. Ainsi, nous ne plongeons pas uniquement dans les méandres d’une imagination, plutôt immature, mais aussi dans les années 70 et dans une histoire familiale particulière. De jour en jour, nous découvrons Morwenna au fil de ses lectures et de ses analyses. Ce sont les moments les plus intéressants, car nous voyons comment elle se construit grâce à ses livres.

Toutefois, certains de ces pages apparaissent comme anachroniques. En effet, ils semblent correspondants plus à une relecture adulte de la jeunesse de l’auteur qu’aux pensées d’une adolescente. De plus, la forme du récit en journal est usurpée et s’apparente plutôt à un carnet de notes. Il faut dire que la vie de Morwenna est très vide, il s’est passé peu de choses et un récit journalier aurait été particulièrement ennuyeux.

Le roman se révèle donc plutôt frustrant. Il manque une intrigue forte à l’histoire. Morwenna est une jeune fille intéressante cependant elle ne fait preuve que de peu curiosité en dehors de ses livres, ainsi on ne plonge pas dans la vie des adolescents des années 70. La plupart des personnages restent superficiels puisque Morwenna ne s’y intéresse pas. Le récit reste agréable, car il est porté par les remarques et l’humour de Morwenna, si seulement, elle avait exploré un peu plus son univers nous aurions pu avoir un roman un peu plus ambitieux.

Morwenna, Jo Walton, Lune D’encre Denoël, 2014, 352p