Je suis la reine ou pas

Je poursuit ma découverte des oeuvres d’Anna Starobinets en revenant au tout début avec son recueil de nouvelle Je suis la reine publié en 2013 aux éditions Mirobole. C’était la première oeuvre publiée par cette maison d’édition, qui a très vite déclinée avec des textes plus anecdotiques (Comment j’ai cuisiné mon père, ma mère et retrouver l’amour S.G. Brown ou L’autre ville de Michal Ajvaz). J’ai pour le moment fait l’impasse sur Les Furies de Boras de Anders Fager. 

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Ce recueil tourne autour de thématiques similaires, je dirais l’enfance, l’identité et les trucs dégueulasses. Les personnages de Starobinets baignent dans un environnement amer. Ils sont souvent malheureux. Les maris sont régulièrement infidèles au milieu de ça se développe l’horreur.

Toutes les nouvelles ne se valent pas. Certaines m’ont donné un effet de déjà vu, notamment L’Agent. J’attend est  une banale histoire d’obsession.

La nouvelle la plus marquante pour moi est celle des Règles, je pense pour sa sobriété. La nouvelle titre Je suis la reine apparait comme une compilation de toutes les autres dont je me permet de lui reprocher son caractère trop explicatif.

Enfin, je suis un peu embarrassée par cette lecture. Le recueil d’Anna Starobinets est efficace et en cela je pense qu’elle nous emmène là où elle le désire. Cependant, au milieu de la lecture, je n’ai pu m’empêcher d’être traverser par cette hypothèse. La Russie dépeint par l’auteur est terne, tout le monde y est marié ou divorcé, occupe un emploi pas suffisamment remarquable pour être mentionné. Sauf celui de journaliste, je pense qu’il y a une corrélation avec l’occupation de l’auteur en dehors de ses heures d’écritures. Les enfants ne sont pas maltraités, mais clairement ne vivent pas une enfance joyeuse. Dans ce quotidien de famille moyenne, il apparait évident que rien ne va se produire. Aucune aventure ne viendra toquer à la porte. La seule chose disruptive est donc l’horreur : la pourriture qui prend vit, les insectes envahisseurs, les enfants qui se transforment en monstres. On voit, là, les thématiques bourgeoises (hygiènes et descendances) subitement se transformer en cauchemar. Ce n’est pas drôle, ce n’est pas critique. Voila d’où peut provenir le frisson de ces « gens-là » dans la réalisation de fantasmes scabreux. Comme disent certain, le fait divers fait diversion.

Je ne voudrais pas condamner tout un genre que je ne connais pas.  Je pense que cette idée m’est venu durant cette lecture précise car l’auteur manque de messages. Il me semble devoir me creuser la tête pour trouver matière à réflexion autour de cette oeuvre. Je suis la reine s’apparente à un divertissement pour ménagère qui souhaiterait se faire peur avec les petites choses du quotidien : la pourriture dans ce plat oublié au fond du frigo, le nid d’insectes autour du paquet de bonbon, cet enfant qui change sous vos yeux et que vous ne comprenez plus etc… Je ne suis pas pour condamner au bucher tous les divertissements, celui-ci peut-être moins que d’autres. Cet auteur a le don de jouer avec des sujets qui m’intéressent, mais pour n’en faire rien d’autre. Le Vivant souffrait de ce même « mal », le roman jouait à nous faire peur avec les réseaux sociaux, dérivait vers un complot abscons et se terminait sur une pirouette.

Au sommaire :
Les règles
La Famille
J’attends
Je suis la reine
L’agent
L’éternité selon yacha

Je suis la Reine, Anna Starobinets, Mirobole, 2013
Traduit du russe par
Raphaëlle Pache
19€

Le Vivant mollasson

C’est une première approche difficile avec Anna Starobinets.

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Le Vivant nous narre la vie de Zéro, un être née de nulle part dans un monde fermé. En effet, le vivant est l’ensemble de la société celle-ci ne fait plus qu’un à travers un réseau à mulistrates. Le Vivant ne change pas, ses parties (les individus) se réincarnent à l’infini. Le mécanisme inventé par l’auteur est plutôt ingénieux, une société totalitaire laissant planer un sentiment de liberté infinie à tous ces sujets. En effet, dans le Vivant vous pouvez vous réincarner à partir de l’âge de 30 ans. Ainsi si votre vie ne vous convient pas, il vous appartient de recommencer. On oublie bien sûr de vous souligner que « l’ascenseur social » est bloqué. Votre prochaine vie a donc peut de chance de différer de la précédente. Peu importe, il reste toujours ces strates dans lequel vous pouvez vous échapper.

Le problème de Zéro est qu’il ne fait pas partie du Vivant, d’ailleurs il ne peut pas se connecter. Il n’a jamais été incarné auparavant et semble plonger la société dans l’embarras. Cela commence bien, on explore le monde des rébus : leur traitement et leur résistance. Cependant, très vite, l’histoire patauge par plusieurs aspects. Tout d’abord notre héros se substitue à son rôle de héros. Il veut être comme tout le monde ce qui le conduit à être inintéressant. Ensuite, l’auteur se perd dans d’autres personnages et dilue sa narration. Tout cela traine pour ne conduire vers un dénuement, certes plaisant dans l’idée, mais si mal réalisé que l’on n’y croit pas une seconde. On regarde l’auteur s’empêtrer avec ses personnages et son propos.

Le Vivant, Anna Starobinets, Mirobole, 2015
22€

L’assassinat d’Hicabi Bey

L’assassinat d’Hicabi Bey est un chouette roman d’Alper Canigüz publié aux éditions Mirobole. Les éditions Mirobole publie de chouette roman avec des couvertures super stylisé qui vous donne envie de les posséder. Elles rencontrent même un certain succès. Pourtant, je ne suis tombé que sur des romans moyen. Ma première expérience m’avait plongé dans leur collection « horizons pourpre » avec Comment j’ai cuisiné mon père, ma mère et retrouvé l’amour de S.G. Brown. Il s’agissait d’un roman de zombie comique. L’auteur avait trouvé très originale de faire passer les zombies pour espèce discriminée. C’était en effet à ce point subtile. 

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L’assassinat d’Hicabi Bey nous emmène bien ailleurs. Situé dans le domaine du polar nous suivons un enfant de 5 ans mener l’enquête sur la mort d’un de ses voisins. Le roman repose entière sur le narrateur de 5 ans. Heureusement ou malheureusement, cet enfant n’a rien d’un enfant. Il parle et agit comme une adulte, un adulte très en forme physiquement. Le décalage comique ne s’installe. J’ajouterais même qu’il faut un effort de la part du lecteur pour ne pas oublier qu’il s’agit d’un enfant de 5 ans qui nous parle.

L’intrigue, quant à elle, met quelques temps à démarrer. Elle n’a rien d’extraordinaire et se déroule comme un roman d’Agatha Christie. Sans doute, l’auteur ne voulait-il pas trop dépaysé son lecteur. Rassurons-le, tous va bien. Tout est merveilleusement logique. Seul un chapitre dénote, sans parvenir à sauver le rythme ou le ton du roman.

Toutefois, le roman se lit bien. Aller Kamu, l’enfant de 5 ans qui se confond avec une personne mature, n’est pas le plus bête des narrateurs. Par conséquent, il n’est pas désagréable de suivre le fil de ses pensées. Seulement, toute l’originalité du roman s’épuise au bout de quelques pages pour se transformer en polar classique.

Site de l’éditeur
L’assassinat d’Hicabi Bey, Alper Canigüz, Mirobole, 2014, traduit par Célin Vuraler.