La vague montante: utopie auto-géré

89557661_oLa Vague montante nous raconte le retour sur Terre d’une expédition lancé il y a plusieurs siècles. Les voyageurs n’ont jamais connu la Terre, ils sont les descendants des premiers envoyés. Traverser l’univers et retour prend du temps, surtout avec la distorsion temporelle. Bref, leurs attentes sont assez élevées et ils ne seront pas déçus. 

La Terre a bien changé. La population a renoncé à l’expansionnisme. Les gouvernements se sont dissous pour laisser place à des villages autogérés. En quelque 120 pages, Marion Zimmer Bradley s’en prend à l’industrie, au progressisme aveugle et au sentiment d’insécurité. La structure du texte est habillement tourné pour que nous nous fondions dans le point de vue du personnage principal, à la vision très manichéenne des choses. Elle nous rappelle que le progrès n’a pas toujours la forme que l’on croit et que l’Humanité peut faire preuve d’intelligence et de subtilité dans son évolution.

Toutefois, ce texte n’est pas exempt de défaut à commencer par le ton moraliste et en terminant par la vision rétrograde des femmes. Marion Zimmer Bradley semble condamner la contraception et réserver l’avortement aux femmes névrosées.

Cependant, les éditions du Passager clandestin nous exhument encore une fois un texte de science-fiction comme j’aimerai en croiser plus. La vague montante se lance dans une approche critique, mais pas obscurantiste, de la science. Le récit se dégage d’une approche passive qui se demanderait : mais que fait la science à nos sociétés ? Question certes pertinente, mais il est vrai que je lui préfère une autre approche : que faisons-nous de la science ? Marion Zimmer bradley nous projette dans un futur sans fioriture et pourtant ni passif ni régressif. L’Humanité s’est prise en main et a cessé de se laisser glisser d’un totalitarisme à l’autre. À se demander si La Vague montante ne s’apparente pas plutôt à une utopie.

La vague montante, Marion Zimmer Bradley, Le Passager clandestin/Dyschroniques, 2013
Traduction d’Elisabeth Vonarburg
8€

Dyschroniques 2 en 1

 

J’ai repris les Dyschroniques, cette fois, je suis à la pointe de l’actualité, puisqu’ils sont parus en octobre. Ce ne sera pas un doublé, car j’ai loupé le coche avec Robert Silvergberg.

 1d2b0c9770Je commencerais donc par la déception en demi-teinte. Dans Traverser la ville, Robert silverberg nous conduit dans un monde où les Communes se sont réalisées, mais pas au sens joyeux du terme. Ils n’existent plus que des mégalopoles, autosuffisantes et complètement robotisées. Pas de chance pour notre personnage, sa femme du mois s’est tire avec un le logiciel qui fait tenir sa ville. Il est poussé par les autorités à retrouver sa trace. On le suit donc s’aventurer au-delà des murs. La rencontre avec l’extérieur est tout à fait décevante puisque toutes les villes se ressemblent seule la couleur des robots-policiers diffère. Le problème est que l’on est vraiment déçu, car la traverse de la ville du notre personnage ne mène pas à grand-chose.

cvt_a-vote_2191Le A voté d’Isaac Asimov se révèle beaucoup plus riche. Tout d’abord, il est tout à fait de circonstance. L’auteur imagine un monde où les sondages font la loi et où les techniques sont tellement aboutis qu’il n’est plus nécessaire de faire voter tout le monde…

Le spectacle de l’élection apparait clairement. La transformation des comportements à l’approche de l’évènement démontre son efficace. À voté rentre dans la lignée des textes vraiment datés de la collection Dyschroniques, puisque le futur ne dépeint pas Asimov ne s’est pas réalisé de cette manière-là en tout cas. Pourtant, là encore, on y trouve matière à réflexion.

A voté, Isaac Asimov, Le Passager Clandestin/Dyschroniques, 2016.
4€
Traverser la ville, Robert Silverberg, Le Passager Clandestin/Dyschroniques, 2016.
5€

Bienvenus dans la cage aux lapins

Parce que la collection « dyschroniques » me fait de l’œil depuis longtemps. Parce que victime d’une fièvre acheteuse subite, je succombai. Parce que la science-fiction-politique est un peu la meilleure.

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Le texte qui nous intéresse est celui de La tour des damnés par Brian Aldiss, auteur prolifique et multi primé dont je n’avais rigoureusement jamais entendu parlé. Brian Aldiss est surtout un auteur britannique contemporain de Mickael Moorcock. Il publiera quelques textes dans la revue de ce dernier : New Worlds.
Sa nouvelle Les Supertoys durent tout l’été a servie de base pour le film A.I. Intelligence artificielle.

 

« -Quel extraordinaire monument dédié aux souffrances humaines cela ferait ! On devrait laisser cet endroit tel qu’il est pour l’édification des générations futures.
-Le gouvernement de Delhi se refuse à une solution de ce genre. Je comprends son point de vue, et pourtant il serait le premier à bénéficier de l’afflux de touristes que cela entrainerait.
-Les touristes ! Et c’est tout ce à quoi vous pensez ? »
Crawley se mit à rire : « Encore une fois, mon cher, vous êtes trop sensible. Ne croyez pas que je ne prenne pas toutes ces choses à cœur. Il se trouve seulement que le tourisme m’attire d’avantage que la souffrance humaine. »

 

La Tour des damnés paraît pour la première fois en 1968. Le récit d’une centaine de pages met en scène une expérimentation démographique. En Inde, 1 500 couples ont été rassemblés dans une tour. Grâce à un système de surveillance, des scientifiques suivent le développement de cette petite communauté. Le contexte de mis en place de cette expérience reste obscur. L’histoire démarre vingt-cinq ans plus tard alors que l’expérience semble tourner au vinaigre.

Je n’en dirais pas plus pour ne pas gâcher le texte. Cependant, si l’on ne se perd pas dans le décorum science-fictionnesque, on se rend compte qu’Aldiss travaille la question de la liberté. Finalement, les personnes enfermées dans cette Tour sont-elles vraiment prisonnières ? De plus, l’auteur met en scène le rapport de force entre Orient et Occident. Les couples, volontaires, enfermés dans la Tour créent un monde à l’intérieur. Cependant, les maitres de l’expérience n’en ont que faire. Les Indiens placés à l’intérieur ne sont que des jouets entre les mains des scientifiques, notamment des sociologues.

 

Tout ce qu’il connaissait, lui, de l’extérieur, c’était par ouï-dire. Ou par des écrans. Mais à tout prendre, il n’y avait plus tellement de gens qui s’intéressaient aux écrans. Pas même lui.

 

Cette longue nouvelle a donc été un petit bonheur. Tout en simplicité, Aldiss pose quelques questions cruciales. Il a bien sur une dimension incomplète à son propos. Il ne s’agit pas d’un portrait détaillé de la société mais plutôt d’un zoom sur un point précis. La Tour des damnés est donc une excellente découverte, servis dans un très bel écrin. Le récit est accompagné d’une note biographique et bibliographique de l’auteur, mais aussi d’une description bref du contexte lors de la première publication. Car, la collection dyschronique appartient d’une certaine manière au domaine du luxe. En effet, le prix des nouvelles publiés oscille entre 4 et 8 euros. C’est-à-dire le prix d’un poche pour un texte de 100 pages, dont la traduction n’a pas été revue. Cependant, je ne cacherais pas que j’ai hâte de faire l’acquisition des suivants. Dans la mesure où cette collection s’est donnée pour noble mission de remettre en lumière des textes d’excellentes qualités en y accordant le plus grand soin.

 

L’avis des autres compte:
Nébal/Gérard Abdaloff

La tour des damnés, Brian Aldiss, Le Passager clandestin/dyschroniques, 2013, 112p.
De plus, le Passager clandestin propose toutes les nouvelles parus dans la collection dyschroniques en intégrale pour la modique somme de 94e. Pour ceux qui aime les parpaings.