Zone-sous-cocotier

51a-q-nlaglSouvenez-vous, il y a plus d’un an, je découvrais l’existence de Patrick Pécherot avec Une plaie ouverte (Série Noire, 2015). Ça ne se passait pas très bien. Je me lançais ensuite dans La trilogie des brouillards (2014, Folio Policier). Le rassemblement de trois romans policiers qui m’avait comblée. Au même moment, j’acquérais Tiürai, premier roman publié de l’auteur au prétexte que son personnage principal était végétarien, noble qualité que nous partageons. 

Tiürai désigne en tahitien le 14 juillet et c’est à cette date que démarre notre histoire. Deux personnes troublent la cérémonie, quelques jours plus tard une mutinerie éclate dans la prison de Papeete.
Thomas Mecker est journaliste aux dépêches et traite avec un certain manque de sérieux de la rubrique des chats écrasés. Ils décident d’enquêter sur les derniers évènements.

Patrick Pécherot utilise cette enquête comme prétexte pour dépeindre l’envers du décor. L’alcoolisme, la prostitution et le chômage qui plombent la population locale, mais ça, même Bernard De La Villardière aurait pu vous en faire un reportage. Tiürai, c’est aussi l’occasion de mettre à jour quelques résidus de l’empire colonial français. Pécheront établie une comparaison, toute justifier, entre les Tahitiens et les Indiens.

Cette enquête se lit rapidement et on y découvre la verve en construction de l’auteur, ce n’est pas pour autant une lecture « légère ». L’auteur y développe une vision amère à la fois de l’île, mais aussi de la possibilité de révolte.

Tiürai, Patrick Pécherot, Folio SF, 2005
6,50€

Enquêtes parisiennes

Patrick Pècherot est un auteur de polars, abonné à la série noire, il a déjà remporté quelques prix dont notamment le Grand prix de la littérature policière en 2002 pour Boulevard de la butte. En septembre dernier est sorti son dernier roman, Une plaie ouverte. Je me suis démenée pour l’obtenir, car ce dernier prenait pour décor la commune, une période de l’histoire qui me botte bien, il faut l’avouer. C’est à ce moment que le drame se produisit. Le roman m’est, littéralement, tombé des mains. L’intrigue y est extrêmement diffuse pour ne pas dire accessoire. Toutefois, le monsieur démontrait un certain savoir-faire dans le maniement de la plume. Je me suis alors dit que je pouvais peut-être tenter sa Saga des brouillards, sous-titrée trilogie parisienne. Cette saga regroupe : Les Brouillards de la butte (2001) — pour lequel il a obtenu le Grand prix si vous suivez —, Belleville-Barcelone (2003) et Boulevard des banques (2005). Les trois opus sont disponibles en Folio policier pour la modique somme de 13,90, ce que l’on pourrait appeler du beau semi-poche. 

Ce document a ŽtŽ crŽŽ et certifiŽ chez IGS-CP, Charente (16)

Le second tome nous amène à la fin des années 30, Pipette est devenu Nestor et s’est installé comme détective privé pour l’agence Bohman. Un brave père le charge de retrouver sa fille enfuie avec un jeune homme qui a participé à la lutte contre Franco. Problème, la fille est orpheline. Là encore la petite histoire et la grande se rencontrent. On suit ce rapprochement attentif et inquiet, bien que la fin soit déjà connue.

Le dernier tome se poursuit dans ce mode, cette fois, c’est la Seconde Guerre mondiale qui est au cœur du récit. Les troupes allemandes rentrent dans Paris et s’installent. Au milieu de tout ça, un riche médecin décède sous la surveillance de notre cher détective.

Ce document a été créé et certifié chez IGS-CP, Charente (16)

Le fait divers qui ne fait pas diversion.

Au fil de ces enquêtes se dessine une patte. Il y a les éléments évidents, celui du roman policier historique et la verve des personnages. Les faits historiques rapportés ne sont pas ceux des grands vainqueurs, mais plutôt des grands perdants. Pas seulement des personnages, mais aussi de leur organe de presse (Le Libertaire). Impossible de mener une enquête sur un industriel sans aller se renseigner auprès de la CGT. Il faut dire que l’on ne se trouve pas dans le Tout-Paris. Certes, il y a les bistrots et les cafés, mais il y a aussi la pauvreté de la classe ouvrière et de son écrasement par des bourgeois qui s’en mettent toujours plus dans les poches guerre ou pas guerre.

Patrick Pècherot ne nous épargnera rien des dissensions internes de l’extrême gauche de l’époque. Ainsi ce n’est pas non plus un roman qui s’évertuerait à faire revivre les moments de gloire de l’anarchie. La nostalgie s’en façon, merci.

Malgré un ancrage plus traditionnel dans la littérature sale du roman policier, La Saga des brouillards ne sacrifie rien à l’écriture. On peut déjà voir en germe l’auteur d’Une plaie ouverte, qui relève presque de la poésie. On a affaire à une forme de parler populaire raffiné, qui a le mérite de rappeler que les prolétaires n’étaient pas entièrement ignares.

Enfin, rappelons de quoi nous parle l’auteur : d’affaires policières, celles-ci ne sont pas banales et témoigne de choix marqués. Les enquêtes mises en place par Pècherot ne nous empêchent pas de réfléchir. En généralisant un peu, on peut dire que souvent, le polar et surtout le thriller nous conduisent sur la piste de meurtres toujours plus glauques les uns que les autres nous permettant d’explorer la noirceur toujours plus noire de l’âme humaine. En l’occurrence, si chaque récit démarre par un fait divers, contrairement à ce que Pierre Bourdieu énonçait, chez Patrick Pècherot il ne fait pas diversion. Progressivement, l’enquête se raccroche à la grande histoire, comme nous l’avons dit plus haut, nous rappelant que les malheurs de ce monde ne sont pas à remettre sur le dos des quelques détraqués qui le peuplent, mais des quelques détraqués qui le gouvernent.

site de l’auteur

L’assassinat d’Hicabi Bey

L’assassinat d’Hicabi Bey est un chouette roman d’Alper Canigüz publié aux éditions Mirobole. Les éditions Mirobole publie de chouette roman avec des couvertures super stylisé qui vous donne envie de les posséder. Elles rencontrent même un certain succès. Pourtant, je ne suis tombé que sur des romans moyen. Ma première expérience m’avait plongé dans leur collection « horizons pourpre » avec Comment j’ai cuisiné mon père, ma mère et retrouvé l’amour de S.G. Brown. Il s’agissait d’un roman de zombie comique. L’auteur avait trouvé très originale de faire passer les zombies pour espèce discriminée. C’était en effet à ce point subtile. 

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L’assassinat d’Hicabi Bey nous emmène bien ailleurs. Situé dans le domaine du polar nous suivons un enfant de 5 ans mener l’enquête sur la mort d’un de ses voisins. Le roman repose entière sur le narrateur de 5 ans. Heureusement ou malheureusement, cet enfant n’a rien d’un enfant. Il parle et agit comme une adulte, un adulte très en forme physiquement. Le décalage comique ne s’installe. J’ajouterais même qu’il faut un effort de la part du lecteur pour ne pas oublier qu’il s’agit d’un enfant de 5 ans qui nous parle.

L’intrigue, quant à elle, met quelques temps à démarrer. Elle n’a rien d’extraordinaire et se déroule comme un roman d’Agatha Christie. Sans doute, l’auteur ne voulait-il pas trop dépaysé son lecteur. Rassurons-le, tous va bien. Tout est merveilleusement logique. Seul un chapitre dénote, sans parvenir à sauver le rythme ou le ton du roman.

Toutefois, le roman se lit bien. Aller Kamu, l’enfant de 5 ans qui se confond avec une personne mature, n’est pas le plus bête des narrateurs. Par conséquent, il n’est pas désagréable de suivre le fil de ses pensées. Seulement, toute l’originalité du roman s’épuise au bout de quelques pages pour se transformer en polar classique.

Site de l’éditeur
L’assassinat d’Hicabi Bey, Alper Canigüz, Mirobole, 2014, traduit par Célin Vuraler.